Voilà un mois et demi que j’ai commencé mon aventure chez Qonto. Un mois et demi que j’ai (presque*) arrêté mon activité de freelance.

On me demande parfois si je regrette. Non, bien au contraire, tant j’ai déjà beaucoup appris chez Qonto. Ce nouveau tournant professionnel (en quelque sorte) est arrivé au bon moment dans ma vie. C’est d’ailleurs souvent une question de timing. Toute relation, personnelle ou professionnelle, tout épanouissement, personnel ou professionnel, sont une question de timing.

J’aime à penser que c’était le parfait timing pour prendre cette décision et ainsi répondre à mes questionnements, mes valeurs et ma quête d’apprentissage du moment.

Et depuis ce mois de février, j’ai eu le temps de prendre de la hauteur, de prendre du recul sur mes deux années et demi de “freelancing”.

À mon avis, il n’y a rien de plus formateur que de se lancer seul·e dans une aventure, de se débrouiller comme on peut. Que cela soit la création d’une activité, le développement d’un projet ou l’entreprise d’un voyage, par exemple. Mener sa propre barque, c’est apprendre bien et vite, sur un ou plusieurs domaines en particulier et sur soi, c’est gagner en autonomie, c’est se reconnecter à soi.

Mais se débrouiller comme on peut, c’est aussi faire des erreurs. Même si je considère que l’erreur n’existe pas, sauf si elle est intentionnelle (@Enzo – qui anime le podcast Phénix – si tu passes par là, on peut en discuter 😊).

Mais pour les besoins de cet article, parlons d’erreurs. Je reviens donc sur 6 erreurs que j’ai faites pendant mon activité de freelance – disclaimer : non délibérées 😄, et d’ailleurs je crois qu’elles étaient toutes inévitables.

*Je dis “presque” puisque je maintiens une activité secondaire : la création de contenus, entre articles, épisodes de podcast et newsletter, ainsi que quelques missions de consulting ou de formation.

Ma plus grosse erreur en freelance : tarifer trop bas

Est-ce étonnant ?

Fixer un prix trop bas est sûrement le cas pour 99% des personnes qui se lancent en freelance. Mais, on ne peut pas nous blâmer, pour trois raisons :

  1. L’argent est toujours tabou en France
  2. Le syndrome de l’imposteur est, quant à lui, bien présent
  3. Nous sommes guidés par trois fausses idées

Je ne reviendrai pas sur les deux premiers débats, même s’ils sont fortement liés au dernier point. C’est justement ce dernier qui m’intéresse tout particulièrement, car j’ai été confrontée à ces trois fausses idées.

Fausse idée n°1 : un travailleur indépendant n’a que peu de charges

Mon tout premier client m’a proposé un tarif à 28 € de l’heure. Heureusement qu’on en discutait par téléphone : mieux valait pour cette personne ne pas voir la tête que je faisais.

Son argument ? J’ai un statut de micro-entrepreneur, je n’ai que 22% de charges – a.k.a les cotisations sociales prélevées par l’URSSAF.

Oui, mais, le sachiez-tu ? 🤭 J’ai aussi :

  • Mes outils et matériels à payer pour travailler dans les meilleures conditions possibles
  • Mon temps administratif pour gérer la contractualisation, la facturation, la prospection, les e-mails, etc.
  • Mes conseils supplémentaires qui sont bien souvent du temps gratuit
  • Mes impôts à payer, sur le revenu, CFE et autres
  • Mes arrêts maladies à financer au cas où
  • Mes vacances à financer, car j’ai bien envie de me reposer de temps en temps
  • Ma personne et les compétences qui vont avec, qui ont une valeur
  • …[Merci de compléter cette liste non exhaustive]

Bref, les 22% se sont vite transformés en 40% de charges.

Alors 28 € de l’heure, ne m’excusez pas, mais c’est indécent.

Fausse idée n°2 : en tant que débutant, tu commences par des prix bas

Non.

Lorsque je me suis lancée en freelance, j’ai rejoint une communauté de freelances sur Facebook. Les prix que certaines personnes affichaient m’ont parfois carrément choquée. “Vous pensez que 60 € pour un article de 1 500 mots, c’est pas trop ?” 😱 J’exagère à peine.

Alors peut-être que tu n’as encore que peu d’expérience, ou aucune. Mais tu vas apprendre vite, tu vas te démener pour être compétent·e, tu vas dédier du temps, temps que ton client n’a pas.

Confier un travail à un débutant est d’ailleurs parfois plus intéressant que le confier à un expert. Parce que celui-ci peut se reposer sur ses acquis et ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Alors qu’un débutant aura un regard neuf et va faire beaucoup de recherches, pour rendre un travail qualitatif et surtout pour se sentir à la hauteur de ce qu’on lui demande.

Et bien souvent, on se voit bien plus junior qu’on ne l’est réellement… (je parle aussi pour moi 🙈).

Fausse idée n°3 : être freelance, c’est être précaire ou c’est en attendant de trouver un job salarié

Le nombre d’articles et de posts sur les réseaux sociaux, que je vois passer, qui mentionnent la précarité du travail indépendant, m’énervent au plus haut point.

Ils m’énervent aussi ceux qui disent que c’est en attendant de trouver mieux, que “ces jeunes n’ont pas d’autres choix, vu le contexte de travail actuel”. J’ai d’ailleurs eu quelques messages privés en ce sens. Un job bien mieux payé… Une activité pour compléter vos revenus… Une activité qui vous permettra de mieux gagner votre vie…

Oui, certains freelances sont en galère. Mais parce qu’on ne nous a jamais appris à développer un business, à nous vendre sans être gêné ou à reconnaître notre valeur (là, on en revient au fameux syndrome de l’imposteur), ni à gérer notre argent (et ici au point 1., l’argent est toujours un sujet tabou).

Donc, tarifer trop bas, on oublie. Par contre, tarifer bien plus haut n’est pas non plus utile si on ne se sent pas à l’aise avec ce prix.

Erreur n°2 : travailler sur trop de projets à la fois

J’ai démarré mon activité de freelance par de la rédaction d’articles et de publications sur les réseaux sociaux. Pour être rentable, il m’était nécessaire d’avoir plusieurs clients.

Bien souvent, un client avait besoin d’un à 4 articles par mois et/ou de 4 à une 20aine de posts sur les réseaux sociaux par mois.

Clairement, une ou deux missions client ne remplissait ni mon agenda ni mes caisses. Quoique, si j’avais tarifé plus cher… 😏

Alors, je me suis retrouvée à gérer jusqu’à 7 missions à la fois (!!)

J’étais ravie au début, mais un cercle vicieux s’est vite enclenché. Cette façon de fonctionner n’a rapidement plus été viable. D’une part, parce que je n’avais plus le temps pour gérer l’administratif et ma propre création de contenus – et moins de temps pour moi. D’autre part, parce que je me suis orientée progressivement vers le copywriting et l’UX writing ; et là, c’était une toute autre affaire.

Le copywriting (= concevoir des contenus vendeurs) et l’UX writing (= concevoir des contenus qui guident les utilisateurs) sont des missions de plus grandeur ampleur, nécessitent une plus grande implication dans le projet de l’entreprise et un travail en équipe.

Travailler sur trop de projets en même temps :

  • C’est la porte ouverte à la frustration, au dégoût, au stress, à l’épuisement, voire au burn-out
  • C’est ne pas prendre le temps de faire ses recherches, tester et peser ses mots
  • C’est aussi la porte ouverte à un rendu peu qualitatif
  • C’est l’impression de ne pas voir le fruit de son travail et son impact sur le développement de l’entreprise et les utilisateurs finaux

Si je devais recommencer, je me focaliserai sur un à deux projets à la fois.

Erreur n°3 : dire oui à tous types de missions freelance

Je sais écrire. Construire une pensée, un argumentaire, un chemin. Choisir les bons mots. Faire des phrases simples et compréhensibles. Être amie avec l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Parfois jouer avec les mots, les tournures et les expressions françaises. Respecter les règles d’écriture du web.

Alors, dès lors que tu sais écrire, on te demande tout.

Articles, posts sur les réseaux sociaux, pages de site web, fiches produits, séquences d’e-mails de vente, e-mails de prise de contact, newsletters, écrans d’application, scripts de vidéos et de podcasts, retranscriptions, comptes-rendus, contrats, conseils sur des écrits, etc. Tout, je crois que j’ai tout fait, et que l’on m’a tout demandé.

Certain·es aiment la diversité de leurs missions, je l’ai d’ailleurs souvent aimé, mais force est de constater que mon cerveau l’interprète comme une charge mentale trop importante.

Tout comme pour le nombre de projets, j’ai beaucoup de mal à travailler sur plusieurs missions différentes à la fois. Je n’aime pas me disperser.

  1. Je perçois moins le résultat de mon travail
  2. C’est plus difficile à tarifer, si ce n’est un tarif horaire ou à la journée
  3. Je préfère me perfectionner sur une compétence précise à la fois

Bon, au moins, j’ai une ligne directrice, tout se rejoint sur une même chose : écrire.

Erreur n°4 : ne pas prendre le temps d’optimiser mon business

J’ai opté immédiatement pour le statut de micro-entrepreneur. Ce qui m’a semblé être un choix logique et sans risques.

Je n’ai accepté aucune aide financière (par pseudo principe de rebelle) – comme l’ACRE par exemple, qui consiste, entre autres, en une exonération partielle de charges sociales, dite exonération de début d’activité.

Je n’ai établi aucune règle financière, ni aucun suivi ni aucune analyse financière – ou en tout cas, pas la première année.

Je ne me suis pas intéressée à l’optimisation de mes impôts.

Cherchez l’erreur.

L’avantage des erreurs, c’est qu’elles nous permettent de rebondir et de nous améliorer. Sans elles, il est difficile de gagner en efficacité.

Alors, si je relance une activité indépendante, à temps plein (ou même partiel), je prendrai le temps de m’intéresser aux notions juridiques, financières et de fiscalité, de peser le pour et le contre pour prendre les bonnes décisions et de m’entourer de personnes compétentes.

(À l’Apolline dans quelques années, qui relancera potentiellement une activité, je ne te demande qu’une chose : par pitié, relis cet article.)

Erreur n°5 : écouter trop de podcasts sur le freelancing

J’adore écouter des podcasts. Autour du design, du business, du développement personnel, du vivant, des questions sociétales, etc. Je trouve que le podcast est un excellent moyen pour découvrir, apprendre et se cultiver. J’aime le format qui m’apparaît intimiste et me permet de faire d’autres choses en même temps. Le podcast est une formidable ouverture sur le monde.

Forcément, j’en ai écouté plusieurs sur la création d’entreprise et sur le développement d’une activité freelance. J’ai beaucoup appris pour faire évoluer ma petite entreprise et pour lutter contre le syndrome de l’imposteur. C’est indéniable, ces podcasts sont des mines d’or de bons conseils.

Mais, j’en ai écouté beaucoup trop ou trop souvent. À une époque, j’étais même obnubilée : j’écoutais matin, midi et soir, à chaque moment où je ne travaillais pas, pour chaque tâche qui ne nécessitait pas vraiment de réfléchir.

Et en écoutant trop souvent un même sujet, il devient difficile de prendre du recul. Tu te dis que la meilleure façon de gérer ton activité est celle que tu entends.

Combien de fois ai-je entendu qu’il fallait créer des contenus pour se rendre visible et décrocher des missions.

Combien de fois ai-je entendu qu’il valait mieux éviter de fixer ses tarifs à l’heure.

Combien de temps ai-je passé à travailler mes offres et mes personas, parce qu’on nous rabâchait que c’était vital.

Combien de fois me suis-je comparée à d’autres freelances, qui me paraissaient plus avancés.

Combien de temps ai-je passé à vouloir déceler la formule miracle pour être épanouie et très à l’aise financièrement grâce à mon activité freelance.

J’ai finalement réalisé – je ne sais plus comment ni quand – que je me comparais, que je me mettais trop de pression, et qu’aucun conseil ou précepte n’était à prendre au pied de la lettre. Quand je commence à trop me comparer aux autres, généralement, c’est le signal : je dois stopper net.

Nous sommes tous différents, nous avons des activités différentes, que nous gérons complètement différemment. Des conseils restent des conseils, que nous ne sommes pas obligés d’appliquer. Reste à déceler ce qui est bon pour nous et pour notre activité.

Erreur n°6 : ne pas profiter assez de mon statut de freelance

Le freelancing est bien souvent synonyme de liberté. Liberté horaire et géographique. Liberté d’esprit et financière. Liberté de choisir ses projets.

La vérité est toute autre. Ou tout du moins, il faut choisir ses combats et d’abord définir ce que l’on entend par “liberté”. Car la liberté n’a pas la même résonance pour chacun·e d’entre nous. Et la liberté a toujours ses limites. Mieux vaut alors déterminer quelles sont les limites que l’on est prêt à accepter et à sacrifier.

Si tu travailles pour des clients, tu seras toujours dépendant d’eux. Est-ce que c’est ok ?

Si tu as un ou plusieurs enfants, surtout en bas âge, tu organiseras tes horaires en fonction d’eux. Est-ce que c’est ok ?

Si tu es propriétaire, tu ne pourras peut-être pas devenir digital nomade. Est-ce que c’est ok ?

Etc.

Personnellement, j’organisais mes horaires en fonction de celles de mon conjoint (approximativement), car c’était important de passer du temps ensemble. Et finalement, je n’ai pas vraiment d’horaires pendant lesquelles je suis plus productive que d’autres. J’ai d’ailleurs cherché pendant longtemps mon rythme. Je le cherche encore un peu, à vrai dire.

J’ai travaillé un peu à droite et à gauche, en France. Mais c’est une organisation, et notamment celle de trouver un logement ou un lieu assez confortable pour travailler.

Toutefois, j’aurais aimé profiter plus de mon statut de freelance :

  • Expérimenter plus souvent le “nomadisme”, et oser le faire à l’étranger et plus longtemps
  • Tester d’autres offres, qui m’auraient permis d’être moins dépendante de mes clients
  • Arrêter de culpabiliser car j’ai pris mon après-midi ou qu’un déjeuner s’est prolongé
  • Ne pas enchaîner les missions pour respirer un peu et prendre du temps pour moi
  • Travailler 3 à 4 jours par semaine pour dédier plus de temps à mes loisirs et à mon évolution personnelle

Mais toutes ces erreurs – qui n’en sont pas vraiment – ont été formatrices. Grâce à elles, j’ai gagné en confiance en moi, en assurance, en autonomie et en résilience. J’ai aussi gagné en clarté dans mes envies et mes décisions.

Ou peut-être est-ce l’avancée en âge, qui sait… 😄


Je suis curieuse de connaître les erreurs auxquelles vous avez été confronté·e et ce que vous en avez retiré. À votre tour 😉